2- S’appuyer sur les projets urbains déjà lancés

Avant d’inventer les hypothétiques projets urbains de 2050, répondons déjà à la demande de ceux des années 2000-2030.

Le projet Toulouse Aerospace Express soumis au débat public a pour objectif affiché d’anticiper et catalyser la mutation urbaine de quartiers de faubourgs ou périphériques, tels que La Vache, Fondeyre ou le boulevard de Suisse. Ces secteurs ne font pour l’heure pas l’objet de projets d’aménagement de type ZAC. Ils sont contraints par la présence de nombreux établissements logistiques ou industriels, et les projets doivent concilier avec un tissu urbain déjà constitué peu dense et dénué de réelle urbanité. À ce jour, les quelques opérations de densification menées près de la Barrière de Paris se sont soldées par une contestation des riverains, comme dans l’écoquartier de la Salade qui n’a finalement pas vu le jour (situé entre Barrière de Paris et La Vache sur la ligne B).

ZAC en cours à Toulouse
En 2016 : déjà plus de 20 ZAC en cours et loin d’être terminées à l’échelle de Toulouse Métropole. La dispersion des efforts est-elle la bonne stratégie à adopter ? Nous pensons que non.

Nous estimons que cette recherche de zones périphériques au supposé potentiel de renouvellement est une erreur stratégique dans la mesure où Toulouse compte déjà plus de 20 Zones d’Aménagement Concerté (ZAC) en cours de construction et qui pour la quasi-totalité ne sont toujours pas terminées plus de 10 à 20 ans après leur lancement. Sur le périmètre de Toulouse Métropole, on peut ainsi recenser les ZAC ou projets urbains de Matabiau Euro Sud Ouest, de Montaudran Sud, d’Aéroconstellation – Parc des Expositions, d’Andromède, de Malepère, de Toulouse Aerospace, de Balma-Gramont, de Bordelongue, de Borderouge, de Buchens, de la Cartoucherie, de Laubis, des Ramassiers, du parc de l’Escalette, d’Empalot-Garonne, de Jean Gilles, de Las de Fonses – Bois Vieux, de Monges – Croix du Sud, de Niel, de Piquepeyre, de Saint-Exupéry, de Saint-Martin-du-Touch, de Tibaous, de Tucard…auxquelles il faut désormais encore rajouter Brouardel – Europe – Sébastopol en plein cœur de Toulouse près de Compans-Caffarelli et des Ponts-Jumeaux. Ces opérations ne comprennent même pas les projets de plus faible envergure de type OAP (Orientation d’Aménagement et de Programmation), diffus (promoteurs), ou encore les opérations liées aux sites universitaires (plan Campus, reconstruction de l’université du Mirail etc.). On peut également penser au projet de requalification du centre-ville mené par Joan Busquets depuis 2010.

Avec une trentaine de projets d’aménagement dont certains parmi les plus ambitieux de France (Toulouse Euro Sud Ouest et son million de mètres carrés de surface de plancher, Montaudran Aerospace et son cluster de recherche, Malepère et ses 10 000 logements programmés d’ici 2030 soit l’équivalent d’une ville comme Colomiers ou Tournefeuille), Toulouse a d’ores et déjà planifié une ambitieuse évolution urbaine en adéquation avec sa démographie et son économie dynamique. Pour autant, la plupart de ses projets même les plus anciens ne sont pas achevés (Borderouge, Niel, Andromède etc.), tandis que les plus ambitieux sont toujours au stade de la conception (TESO, Montaudran, Malepère). Eu égard à leur importance et avec le retour d’expérience des projets précédents, Toulouse peut-elle raisonnablement se disperser davantage sur de nouvelles opérations très aléatoires comme celles envisagées à Fondeyre sur des dizaines voire centaines d’hectares ?

Nous pensons que non. Il faut au contraire absolument se focaliser sur les opérations déjà lancées (« coups partis »), plus abouties et maturées. Rajouter de nouveaux projets urbains très vastes à une liste déjà longue d’opérations inachevées présente un risque d’essoufflement, voire même de saturation des marchés immobiliers, et donc en dernier ressort de faible trafic pour Toulouse Aerospace Express.

Le tracé que nous défendons (Saint-Orens Malepère – Montaudran – Côte Pavée – Saint-Aubin Colombette – Matabiau – Jeanne d’Arc – Amidonniers – Ponts-Jumeaux – Sept-Deniers – Purpan – La Crabe – Colomiers) dessert la plupart des grands projets urbains en cours ou à venir : Malepère, Montaudran Aerospace, Matabiau Euro Sud Ouest et Brouardel – Europe. À ces opérations phare, il faut encore adjoindre un important potentiel de mutation du côté de la caserne Pérignon (site militaire qui connaîtra le même sort que la caserne Niel d’ici peu), des Ponts-Jumeaux (ZAC Ponts-Jumeaux 2), des Sept-Deniers (probable ZAC Job 2), de Purpan Sud (vastes parkings), ou encore de Colomiers (Ramassiers, Bascule Oratoire). Notre tracé accompagne au demeurant les projets de modernisation du centre-ville (plan Busquets), de reconfiguration du campus universitaire de l’Arsenal et de candidature du centre au label patrimoine mondial de l’UNESCO, qui nécessite un rabot significatif sur le stationnement en surface et nécessite donc la mise en œuvre d’alternatives performantes à la voiture en transports publics dans les secteurs denses.

Cet itinéraire semble donc le plus à même de répondre aux besoins des trente prochaines années dans l’agglomération, avec une solution efficace apportée à des projets urbains majeurs pour le moment orphelins de perspectives de mobilité satisfaisantes. Comment imaginer par exemple que 10 000 logements potentiels potentiels à Malepère ne soient pas desservis en métro alors que les friches et entrepôts de Fondeyre le seraient avec deux lignes en interconnexion ? 

ZAC Malepère Métro Toulouse
8 à 10 000 logements sont programmés dans la ZAC Malepère, au Sud-est de Toulouse. Coup parti dont la réalisation va débuter d’ici 2018, comment imaginer que ce futur quartier, équivalent d’une ville comme Blagnac ou Colomiers, ne serait pas desservi par le métro alors que les friches industrielles de Fondeyre le seraient quant à elles ?

Avec 1 à 3 stations dans le secteur Hers – Malepère – Marcaissonne – Saint-Orens, 2 stations pour Montaudran Aerospace, 1 station pour la caserne Pérignon et le quartier de l’avenue Camille Pujol (difficilement accessible en surface en raison du relief escarpé et du tissu routier étroit et labyrinthique), 2 à 3 stations pour le futur quartier Euro Sud Ouest, 2 à 3 stations pour le secteur Brouardel – Europe – Sébastopol – Ponts-Jumeaux, 1 station pour le quartier Sept-Deniers Job, 2 stations pour le pôle Purpan (CHU et centralité commerciale) et 1 station pour le secteur Ramassiers – Bascule Oratoire, notre proposition du tracé pour Toulouse Aerospace Express répond mieux aux enjeux d’articulation urbanisme-transports d’aujourd’hui et de demain de la métropole. Fondeyre ou La Vache peuvent déjà s’appuyer sur la ligne B et la mise à 4 voies de la voie ferrée Bordeaux – Sète et si à moyen et long-terme, le Marché d’Intérêt National et les nombreux dépôts logistiques des faubourgs Nord venaient à être délocalisés, les solutions plus réalistes ne manqueront pas (bus en site propre, tramway voire rajout d’une branche à la ligne B).